28 Janvier 2010

Att. Jenifer Henderson, Conseillère politique
Ambassade canadienne en Colombie

Copie à : James Lambert, Directeur général pour l'Amérique latine et les Caraïbes, Ministère canadien des Affaires étrangères

COLOMBIE : DIFFAMATION CONTRE UNE ONG CANADIENNE

Depuis 2000, les communautés afrocolombiennes et métisses du Bas Atrato déplacées par l'opération militaire Genesis de 1997, effectuent un retour progressif sur leur territoire collectif. Regroupées au sein de Zones Humanitaires, reconnues par la Cour Intéraméricaine de Droits Humains, ces communautés en processus de résistance civile reçoivent l'appui d'une ONG colombienne, la Comisión Intereclesial de Justicia y Paz, ainsi que l'accompagnement international des Brigades de Paix Internationales (PBI) et du Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC), ONG canadienne présente dans la région depuis 2003. Conformément au droit humanitaire international, les zones humanitaires permettent aux communautés d’exercer leur droit au principe de distinction de la population civile vivant au sein d’un conflit armé. Les communautés ont fait appel à l'accompagnement international dû à l'absence de garanties pour le retour des déplacés, laquelle se manifeste par des atteintes au droit à la vie et à l'intégrité physique des leaders paysans et des défenseurs de droits humains nationaux qui les accompagnent. La présence physique internationale au sein des communautés sert de mécanisme de protection contre les incursions et menaces des acteurs armés légaux et illégaux. Cette année, les menaces à l'encontre des défenseurs de droits humains se sont accentuées alors que la campagne de diffamation et de stigmatisation s'attaque actuellement à la légitimité du travail réalisé par les ONG nationales et internationales dans la région.

Des articles publiés dans les quotidiens nationaux (El Colombiano et El Tiempo) en septembre et décembre 2009, laissent libre cours à un discours diffamatoire à l’encontre des ONG présentes dans la région du Curvarado et du Jiguamiando, dans le Bas Atrato. La Comisión Intereclesial de

Justicia y Paz, les Brigades de Paix Internationales et le PASC sont accusés de manipuler les communautés et sont directement associés aux FARC-EP, guérilla colombienne. [ [Raúl E. Tamayo Gaviria, “Apoyo a los Afrodescendientes”, El Colombiano, 5 septembre 2009,
Raúl E. Tamayo Gaviria, “Audífonos para el gobierno”, El Colombiano, 19 décembre 2009 et Jose Obdulio Gaviria, “Manuel Moya y Graciano Blandón”, El Tiempo, 22 décembre 2009 ]] Ce type d'accusation est hautement préoccupant dans un contexte de conflit de basse intensité où la stratégie de criminalisation qui consiste à associer les ONG à la lutte armée d'extrême gauche transforme les défenseurs et les accompagnateurs nationaux et internationaux en cibles pour les acteurs du conflit armé. Ces attaques à la légitimité du travail de défense de droits humains s'inscrivent dans un climat général de diffamation des ONG alimenté par les déclarations publiques de membres du gouvernement colombien.

Dans son rapport annuel sur la situation des droits humains remis en mars 2009, l'Office Colombienne du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits Humains identifie les défenseurs de droits humains en tant que groupe vulnérable. L'augmentation des menaces et des attentats contre leur vie 1 est directement attribuable selon le HCDH à la stigmatisation dont ils sont l'objet.

« In the current context of polarization and confrontation between government officials and members of the NGO community, threats and stigmatization directed at human rights defenders, opposition leaders and social activists have intensified. (…) It is worrying to find that some senior government officials have not stopped publicly stigmatizing human rights defenders and trade unionists as sympathetic to guerrilla groups. »

«The challenge of minimizing the risks to the life and safety of human rights defenders still stands, most notably owing to the stigmatization of their legitimate work.» 2

Les organisations canadiennes signataires manifestent leurs préoccupations face à la campagne de diffamation à l'encontre des défenseurs de droits humains en Colombie et affirment leur appui au travail d'accompagnement international réalisé par le PASC auprès des communautés afrodescentantes et métisses du Bas Atrato et de la Comisión Intereclesial de Justicia y Paz. Nous croyons que la gravité des accusations professées à l'encontre des ONG internationales, incluant une organisation canadienne, justifie la plus haute attention de la part de l'ambassade canadienne en Colombie.

Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL)

Comité régional d'éducation pour le développement international de Lanaudière, CREDIL

Inter Pares

Développement et paix

Droit et démocratie

KAIROS

Ligue des droits et libertés

Solidarité Laurentides Amérique centrale (SLAM)

Solidarité Nord-Sud des Bois-Francs

Notes

  1. « OHCHR Colombia recorded a significant number of attacks in 2008 against human rights defenders and trade unionists (...)These involved murder, as well as damage to property, break-ins, theft of information and threats. »
  2. Rapport annuel sur la situation des droits humains en Colombie, mars 2009, Office colombien du Haut Comisariat de l'ONU pour les Droits Humains.
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PASC

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