22 Juin 2011

La Piedra, no.8, été 2011.

De l'époque coloniale à aujourd'hui, la Colombie, comme tous les pays de l’Amérique latine, n’a cessé d’être saccagée par les puissants de ce monde. Bien que ce soit le Président César Gaviria Trujillo (1990-1994) qui ait donné l'impulsion à la politique d'ouverture des frontières aux marchandises et aux investissements étrangers, c’est le Président Álvaro Uribe Vélez (2002-2006 et 2006-2010) qui a mis à jour les cadres normatifs, légaux, politiques et de sécurité qui permettent aux compagnies et aux investisseurs étrangers de profiter de conditions plus favorables. Depuis les 10 dernières années, les Canadiens ont, eux aussi, commencé à avoir leur part du gâteau. Attirées par les nouvelles conditions avantageuses définies par la bourgeoisie nationale, de plus en plus de compagnies minières et pétrolières canadiennes s’installent en Colombie.

Nous l'avons dit et répété : la signature de l'Accord de libre-échange (ALE) entre le Canada et la Colombie ne poursuivait pas tant des objectifs de nature économique. Il s'agissait avant tout d'un appui politique au régime d'Álvaro Uribe à un moment où ce dernier échouait à signer un tel accord avec son grand-frère américain. (Les démocrates états-uniens s'opposent à la ratification d'un tel accord qui aurait pour effet, selon eux, de cautionner les violations systématiques des droits humains par le gouvernement colombien.) En effet, bien que la Colombie soit parmi les principaux partenaires commerciaux du Canada sur le continent, elle est loin de constituer un marché d’exportation majeur pour le Canada ou une source  significative d’importation à l’échelle mondiale.1 La Colombie est le cinquième marché d’exportation du Canada en Amérique latine, mais seulement son 32e dans le monde. De la même façon, elle est peut-être la cinquième source d’importation du Canada en Amérique latine, mais seulement sa 42e dans le monde. Mentionnons toutefois que le commerce entre les deux pays a connu une importante croissance à partir de 2004 (soit  bien avant la signature de l'ALE en 2008).  


« De façon globale, dans ses échanges avec la Colombie, le Canada est un importateur net de produits agricoles et de produits d’industries extractives et un exportateur net de biens manufacturés. » Michael Holden, Section de la macroéconomie et du commerce, Parlement du Canada.

De quel type de commerce parlons-nous ?  Des traditionnels échanges coloniaux : le Canada importe de la Colombie des matières premières et y exporte des produits à valeur ajoutée.  Les matières premières représentent ainsi 92 % des importations en provenance de la Colombie.  Le premier produit d'importation est le charbon, qui représente plus du quart des importations totales, suivi du café (18%), puis du pétrole brut, des bananes et des fleurs coupées.  Pour sa part, le Canada exporte des produits dérivés de matières premières (pour 58% de la totalité des exportations) et des produits manufacturés (équipement d'exploitation minière et autre équipement industriel, automobiles, engrais, produits électroniques, aéronefs). Dans le cas du Canada, une exception à la règle des échanges coloniaux s'impose néanmoins. Grand producteur de céréales, le Canada inonde le marché colombien de son blé à bas prix (puisque gracieusement subventionné à même les fonds publics), participant à la précarité grandissante de la petite paysannerie colombienne. Il s'agit de son plus important produit d'exportation qui comptait, en 2009, pour 20% des exportations (152,4 millions de dollars). Deux tiers des exportations du Canada vers la Colombie proviennent du Québec, de l'Alberta et de la Saskatchewan.

En ce qui concerne les investissements canadiens, là encore la Colombie ne constitue pas un important marché d’investissement direct à l’étranger (IDE). Toutefois, depuis l'entrée en vigueur du nouveau Code minier il y a une dizaine d'années, et suite aux mesures prises par le gouvernement d'Uribe - bonifiées par le nouveau Président Santos - pour favoriser la dite « sécurité des investissements », les firmes canadiennes se tournent avec appétit vers les ressources en minerais et en hydrocarbures  de la Colombie.  Une augmentation des IDE canadiens en Colombie est donc à prévoir.  

Bien que les compagnies canadiennes doivent soutenir un régime politique corrompu, répressif et mafioso et qu'elles ne laissent localement qu'une pollution accrue et un approfondissement de la pauvreté et des inégalités sociales, ce sont les profits qui comptent pour elles. Elles n'ont aucun scrupule à investir en Colombie puisque les avantages y sont nombreux : une main-d'œuvre bon marché, un régime d'imposition assez souple, un potentiel en richesses énergétiques attirant  avec un cadre légal et normatif qui favorise les entreprises, des mesures répressives de l’État et une contestation populaire contrôlée par la force des armes...

Bref, l'histoire se poursuit et l'accord de libre-échange ne vient qu'apposer un sceau d'appui politique sur des échanges inégaux, fidèles aux rapports (néo)coloniaux Nord/Sud.


Références : Michael Holden. juillet 2010. « Activités de commerce et d'investissement du Canada – Le Canada et la Colombie », Section de la macroéconomie et du commerce, Service d'information et de recherche parlementaires, Publication no 2010-51F. Disponible en ligne :  http://www2.parl.gc.ca/Content/LOP/ResearchPublications/2010-51-f.htm





 

Auteur: 
PASC

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