16 février 2009

Publié dans la Piedra No 5

Je préfère mourir en luttant sur mon territoire, que vivre comme un pion qui finira par mourir de faim ! -paysan de Camelia, Curvarado

Depuis les vagues de déplacements forcés de 1997, suivis de la création des première zones humanitaires comme stratégie de récupération du territoire en 2001 au Jiguamiendo, puis à l'intérieur des plantations de palme au Curvarado en 2005, le grand livre de cette épopée dramatique marquée de sang sur une trame de profits économiques a vu l'encre couler au cours des années.

On compte aujourd'hui trois zones humanitaires au Jiguamiendo et cinq au Curvarado. Ces endroits délimités et visibilisés par des pancartes interdisant l'entrée aux acteurs armés servent toujours lieu de protection par les mesures de la Cour interaméricaine de droits humains qui reconnaissent les droits des communautés. Avec l'accompagnement permanent, les paysan-ne-s ont eu l'occasion de se réunir à nouveau pour partager leurs vécus, apprendre leurs droits et s'organiser. Le processus de résistance grandit et est en mouvement malgré les multiples embûches internes. Les premières zones humanitaires ont servi de levier pour vaincre la peur de retourner sur les traces d'un passé marqué par la violence. Malgré les menaces, la dignité fût le moteur de cette lutte, ne pas s'agenouiller mais s'organiser afin que l'espoir devienne réalité de demain, récupérer leur terre. Aujourd'hui, certaines familles ont construits leurs maisons dans des zones humanitaires basées dans leur communauté d'origine, afin de recommencer à cultiver leurs parcelles de terre. D'autres sont retournées sur leurs terres, déclarées zone de biodiversité – une dénomination s'appuyant sur plusieurs traités et déclarations nationaux et internationaux reliés à la conservation de la biodiversité – s'engageant à regénérer ou conserver les milieux naturels.

| Les graines mises en terre par cette lutte ont vu naître les fleurs. Les chenilles sont revenues d'un exil de souffrance, avançant avec courage. Recroquevillées dans leurs cocons d'espoir, elles se sont transformées pour renaître en papillon. Ainsi, ces êtres ailés armés de leurs bactéries, poursuivaient la résistance de front afin de contaminer ces imposteurs dévastateurs, les monocultures de palme africaine. Malades, la mort attendait ces plantes suite à un assèchement complet.

Plusieurs hectares de palme africaine au Curvarado sont maintenant inutilisables par les compagnies qui se sont installées illégalement sur le territoire, volé par la violence, car les arbres sont attaqués par une bactérie qui serait transmise par des papillons. La chasse a été ouverte afin de minimiser les pertes économiques, les compagnies doivent elles-mêmes abattre leurs plantations malades afin de limiter la propagation! Les paysans continuent de planter des fleurs dans les zones humanitaires pour attirer les papillons, un nouveau symbole de lutte des communautés. |

Avec l'appui de l’organisation colombienne Justicia y Paz et leur accompagnement physique et juridique, les multiples commissions de vérification et l'appui international, le gouvernement colombien a reconnu, à travers deux résolution de l’Institut colombien de développement rural (INCODER) et quatre résolutions de la Superintendance de notariat et de registre, la propriété collective de la terre aux communautés ancestrales en septembre et octobre 2007. Il s'est s'engagé auprès de délégués des communautés de restituer les terres. Il existe tout de même une marge entre la signature de papier et la réalité sur le terrain. Les mesures afin de chasser les occupants de mauvaises foi, c'est à dire toutes les personnes liées à l'industrie de la palme et l'élevage extensif de bovin tirant profit des terres utilisées illégalement, n'ont toujours pas été mises en place. Les entreprises de palme continuent d’extraire les fruits, servant à la fabrication d'huile (industrie alimentaire, cosmétique, biodiesel), nuit et jour. Les boeufs continuent de brouter l'herbe et de piétiner les terres des paysan-ne-s.

Les communautés qui commencent à penser à demain sont confrontées à la nécessité de tout rebâtir! Devant une économie détruite, les options sont restreintes. Certains coupent du bois, épuisant le reste de forêt, d'autres vendent les fruits de la terre sans pouvoir fournir leur propre famille, d'autres tentent de retrouver l'agriculture de subsistance d'avant. Certes, le gouvernement utilisera plusieurs stratèges afin d'implanter les « projets alternatifs » prévus dans le Plan Colombie 2 (cultures de cacao, yucca amère pour faire des agrocarburants,...) dans cette zone reconnue pour se fertilité. Les besoins des communautés sont grands, tout a été détruit, ainsi les contrats offrant aide matériel et support économique seront alléchants. L'éducation et le partage autour de la thématique de la souveraineté alimentaire sont priorisés afin que les paysan-ne-s soient informés sur les pièges cachés par les promoteurs de l'agriculture moderne, source de crises alimentaire et économique à l'échelle mondiale. L'autre réalité qui les attend est le retour massif de paysan-ne-s qui reviendront de 10 ans d'exil sans avoir prit part au processus de résistance. Partageront-ils les mêmes préoccupations et ambitions face à la gestion du territoire, nous le sauront dans un avenir rapproché.

Pendant ce temps, les paramilitaires constitués sous le nom de "Aigles noirs", intimement liés aux entreprises de palme et d'élevage par des investissement communs, intensifient leur présence et leur contrôle du territoire. Les menaces et les intimidations sont quotidienne afin de décourager les communautés dans leur lutte et de faire sortir Justicia y Paz de la région. Les actes d'intimidation (maisons incendiées, menaces de morts) sont fréquents, et un paysan de la zone humanitaire de Cano Manso nommé Wilberto Hoyos a été assassiné en octobre 2008. Tout cela sous les yeux de l'armée et de la police. Aucun affrontement n'a eu lieu, serait-ce pour cause de complicité? Malgré cette réalité, le Canada s'apprête à signer un traité de libre-échange avec un gouvernement qui, malgré ses promesses de restituer les terres des communautés, fait la promotion des cultures de palme africaine.

La lutte n'est pas facile, mais elle vaut la peine, on ne peut oublier nos racines....
Les communautés vous le diront, la larme au coin de l'oeil et le sourire aux lèvres.

Auteur: 
PASC

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