2 Mai 2012

La Colombie mérite-t-elle la direction générale du BIT? Cette question se pose à l’occasion de la prochaine nomination du directeur général du Bureau international du travail (BIT), le 28 mai prochain. Car l’Etat colombien a déposé la candidature à ce poste de M. Angelino Garzón, actuel vice-président de la République de Colombie. Pour cela, le gouvernement a déployé tout l’arsenal diplomatique auprès des instances internationales (organisations, gouvernements, parlements, etc.) afin de réunir le soutien de la majorité d’Etats électeurs (membres du Conseil d’administration) du BIT et d’assurer à M. Garzón cette importante fonction internationale, en remplaçant l’actuel directeur M. Juan Somavia, du Chili.

Si la communauté et l’opinion internationales connaissaient la situation actuelle des droits humains en Colombie, notamment de ceux en lien avec le droit au travail, elles s’opposeraient à une telle prétention de l’Etat colombien. En effet, plusieurs raisons démontrent que la Colombie ne peut être récompensée avec une telle nomination. Primo, le respect et la jouissance des droits fondamentaux en Colombie restent très éloigné des standards établis par les normes internationales en la matière. Dans un grand nombre de violations de droits humains, la victime est un leader syndical. Selon un récent rapport de Ecole nationale syndicale de Medellin, 2863 leaders syndicaux ont été exécutés arbitrairement entre 1986 et 2010; 11'399 travailleurs syndiqués ont souffert une violation de leur intégrité personnelle ou de leur liberté; 218 ont été portés disparus; 5030 ont été menacés de mort et 1742 ont été victimes de déplacement forcés. Depuis le début de la présidence de Juan Manuel Santos, en août 2010, 23 syndicalistes ont été assassinés.

Mais ce ne sont pas seulement les violations graves des droits humains qui font que l’Etat colombien ne mérite pas une si haute distinction internationale. L’impunité est aussi la règle. Selon la Commission colombienne des juristes, la majorité des procès pour violation des droits humains des syndicalistes restent sans suite ou sans issue juridique, et les sentences prononcées par ces autorités ne sont pas à la hauteur des standards internationaux de vérité, de justice et de réparation. A titre d’exemple, entre janvier 1986 et mai 2011, sur 2870 cas d’homicides, seuls 223 ont abouti à des condamnations, soit 8%. Le cas des procès pour disparitions forcées de syndicalistes s’avère encore plus grave: sur 222 jugements, seuls 3 ont donné lieu à une condamnation.

On peut ajouter à cela beaucoup de failles imputables à l’Etat colombien dans le secteur du travail et des travailleurs. Les raisons susmentionnées sont suffisantes pour affirmer que M.Angelino Garzón ne doit pas être nommé directeur général du BIT. Les divers gouvernements colombiens qui se sont succédé au pouvoir ont failli à leurs devoirs en matière de droits des travailleurs, et n’ont pas fait grand chose pour protéger le mouvement syndical dans leur pays.

À propos de l'auteur : Avocat colombien et ancien chargé de programme en matière de droits de l’homme pour les Nations unies en Afrique et Amérique centrale.

Source : Le Courrier, Suisse, 2 mai 2012

Auteur: 
Jairo Sanchez

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