13 Juin 2011

La Piedra, no.8, été 2011. Notes de conjoncture, avril 2011

Après 8 ans au pouvoir, les politiques de l'ancien président, Alvaro Uribe Vélez, ont été très fortement critiquées par les organisations sociales, les défenseur-es de droits humains et plusieurs organisations internationales, particulièrement ses mesures en matière d’ordre public, de sécurité, d'impunité et de démocratie. Par conséquent, la décision de la Cours constitutionnelle empêchant la réélection d’Uribe pour une troisième période présidentielle a été bien accueillie par les critiques de ce gouvernement. Mais quel sont les différences entre le nouveau président colombien Juan Manuel Santos (août 2010) et son prédécesseur?

Rappelons que J. M. Santos a été Ministre de la Défense pendant l’administration Uribe et qu’il avait auparavant été Ministre du commerce sous l’administration de Cesar Gaviria (gouvernement libéral au pouvoir de 1990-1994) et Ministre des finances d'Andrés Pastrana (président conservateur au pouvoir de 1998-2002).

La carrière politique de Santos n’a rien d’extraordinaire, sa famille appartient à l’élite politique et économique que les colombiens appellent l’oligarchie traditionnelle; ils ont toujours eu les rênes du pouvoir (à titre d’exemple rappelons que le vice-président d’Alvaro Uribe était Francisco Santos, cousin de J. M. Santos). Propriétaires des grands médias de communication (journaux, télévision et maisons éditoriales), la famille Santos a contribué à façonner l’opinion d’une importante partie de la population de ce pays, minimisant les crimes contre l’humanité, acceptant la version officielle du conflit comme étant la seule possible ou encore présentant l’opposition sociale et politique comme l’œuvre de criminels. Dans un pays où le conflit armé dure depuis plus de 50 ans, l’attitude des médias n’a fait que renforcer le conflit et favoriser l’inaction de la population. Face à l'indifférence de la population devant les crimes d’État, Javier Giraldo (P.J) rappelait en juillet 2010 que  :

... La Fiscalia (Bureau du Procureur) a affirmé récemment avoir exhumé 2828 cadavres de 2316 fosses, 721 restes ont été identifiés et retournés à leurs familles. Récemment on a trouvé dans la municipalité de la Macarena (Meta) une fosse avec plus de 2000 cadavres enterrés clandestinement et illégalement par les Forces armées. On ne peut pas dire, néanmoins, que la société colombienne soit bouleversée par ces évidences. La place octroyée à ces informations dans les médias est beaucoup moins importante que celle des nouvelles sportives et du jet set ou celle de la publicité, la propagande politique et la délinquance commune (Giraldo 2010).

Et à propos des massacres et crimes contre l’humanité, on ne pourrait dresser le portrait du président Santos sans mentionner qu’en tant que Ministre de défense du président Uribe, il est aussi responsable, par exemple, de l’assassinat de plus de 5 000 jeunes des quartiers populaires de Bogotá que les forces armées colombiennes amenaient dans des régions éloignées en leur promettant de l'emploi puis les assassinaient et les présentaient comme « guérilleros morts en combat » pour améliorer les résultats des opérations de l’armée présentées à l’opinion publique, un phénomène connu en Colombie comme « les faux résultats» [falsos positivos->422].

Santos ne cherche pas à occulter sa sympathie quant aux politiques implantées par l’administration Uribe, il a même adopté les plus polémiques comme celle de « sécurité démocratique » recréée sous le nom de « prospérité démocratique ». Il n’en demeure pas moins que Santos a voulu se montrer différent de son prédécesseur. Les médias ont fait écho de sa « volonté de respecter les droits humains » et de faire « une loi sur les terres » qui respecte les droits des déplacés.

Dans la même logique, la situation pour les activistes sociaux et les défenseur-es de droits humains ne fait que s’aggraver, tel que l’a rapporté le système d’information sur les agressions aux défenseurs de droits humains :

Pendant les trois premiers mois de 2011, 96 défenseurs ont été victimes d'agression, 64 organisations sociales et de droits humains ont été victime d’une agression qui met en danger la vie et l’intégrité de ses membres et qui empêche le travail légitime et légal de défense des droits humains en Colombie. Parmi les organisations les plus agressées on retrouve l’Association de Cabildos indígenas du Nord du département du Cauca (ACIN), le Mouvement national de victimes de crimes d’État (MOVICE) et le syndicat national des travailleurs de l’industrie des aliments (SINALTRAINAL).

Bref, oui, il y a des changements dans l’administration actuelle de la Colombie. Ceux-ci relèvent principalement des relations internationales; le gouvernement Santos cherche à stabiliser les relations avec les voisins de la Colombie puisque la politique de confrontation d’Uribe avait causé beaucoup de pertes pour l’économie du pays. Mais sans doute le vrai changement est celui du discours, moins versé à la confrontation et plutôt à la cooptation; le gouvernement Santos cherche des appuis élargis dans différents secteurs de la société, y compris chez les ONG de droits humains. Néanmoins en matière économique, les politiques néolibérales, mises en place à partir du début des années 1990 sont en pleine expansion. Ces politiques poursuivies par le gouvernement Santos réaffirment la place de la Colombie en tant que producteur de matières premières et exportateur de ressources naturelles ( mines et pétrole avant tout) et entraînent la réduction des services sociaux offerts par l’État.

Références :
Giraldo, Javier (2010). Objeción de conciencia. Bogotá. Comisión Justicia y Paz: 45.

Auteur: 
PASC

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