La Comision Intereclesial de Justicia y Paz est un organisme de défense des droits humains qui s'inspire du droit international des droits humains ainsi que des droits des peuples pour défendre les victimes de violations de droits humains et du terrorisme d'État dans leur recherche de vérité, de justice et de réparation. Justicia y Paz accompagne 14 processus de résistance civile de communautés afro-colombiennes, autochtones et paysannes au niveau national ainsi que quelques organisations sociales de base.

Justicia y Paz est née en avril 2002 d'une scission au sein de l'ancienne Comision Intercongregacional de Justicia y Paz qui existait comme telle depuis 1998 et fut dissoute en 2002. Cette dernière était reliée aux structures officielles de l'église catholique colombienne tandis que la Comision Intereclesial de Justicia y Paz est indépendante de toute structure d'église. Cependant elle est composée à la fois de religieux et de croyants de différentes confessions religieuses ainsi que de non-croyants issus de différents secteurs de la gauche colombienne et de diverses formations professionnelles.

Justicia y Paz adopte une position politique qui dénonce activement la responsabilité intellectuelle et matérielle de l'État colombien dans la mise en place de la stratégie paramilitaire, ainsi que l'utilisation de cette stratégie militaire irrégulière pour réprimer et déplacer les paysans pauvres afin de permettre à l'oligarchie nationale de s'approprier les terres et les richesses naturelles du pays. En ce sens, elle dénonce un modèle de société que l'État colombien, en complicité avec certains intérêts étrangers, veut imposer à feu et à sang. Ainsi, Justicia y Paz soutient que le conflit armé interne qui existe en Colombie est lié à l'existence d'un conflit social provoqué par une société structurellement injuste et anti-démocratique qui appauvrit et dépossède chaque jour des millions de Colombiens. Voilà pourquoi cette organisation croit que la recherche de solutions négociées au conflit social, politique et armé qui affecte le pays, doit passer par la construction d'alternatives concrètes aux causes socio-politiques et économiques de la guerre ; alternatives que développent les communautés et les organisations sociales de base par la résistance civile et l'affirmation intégrale de leurs droits au sein du conflit armé.

En ce sens, Justicia y Paz a développé une méthodologie de travail auprês des communautés qu'elle appelle "l'accompagnement intégral" et qui peut être divisé en trois grands volets de stratégies qui se complètent :

 1) le "travail de terrain" permanent:
 La présence physique de ses équipes de terrain fait partie des mécanismes de protection des communautés, mais leur objectif principal est d'effectuer un travail d'éducation populaire, d'empowerment et de  "renforcement organisationnel" dans les communautés en résistance civile.

2) les stratégies politico-juridiques:
elles se traduisent par une série d'actions juridiques en droit national et en droit international, mises de l'avant par l'équipe d'avocats de Justicia y Paz, pour chercher justice face aux violations de droits humains commises par l'État colombien contre les communautés, mais également pour faire valoir et défendre les droits politiques, économiques, sociaux et culturels de ces dernières.

3) les stratégies politico-symboliques.
Enfin, les stratégies politico-symboliques, visent à augmenter la visibilité du processus de résistance civile des communautés, afin de favoriser leur protection en augmentant la pression sur le gouvernement colombien, entre autres par la création de Zones Humanitaires comme mécanisme de distinction de la population civile vivant au sein d'un conflit armé et par la consolidation d'un réseau d'appui international.